Il y a plusieurs facteurs qui nous font penser que l’on va passer de bonnes fêtes. On peut avoir pris un médicament miracle qui
vient d’être inventé et qui absorberait toutes les graisses et nous permettrait de nous goinfrer comme bon nous semble. Il peut aussi y avoir des amis qui débarquent à Montréal ou bien on a
trouvé du travail et on débute au mois de janvier.
Si le médicament miracle avait été inventé j’aurais fait carton plein comme on dit au loto de l’école par chez moi entre deux
batailles de grain de maïs.
Car j’ai trouvé du boulot ! Deux boulots. Et pas représentante en Viagra le jour et hôtesse dans un bar glauque la nuit. Non.
Responsable des médias sociaux. Les deux.
Il y a 3 semaines j’ai été rappelée suite à ma candidature à deux annonces. J’ai passé les deux entretiens et le fait de savoir que
l’on avait sélectionné mon CV dans les finalistes sur près de 150 candidatures me remplissait déjà d’un bonheur intense. Après une longue traversée du désert de 4 mois à poser des CV jusque dans
les souterrains des centres commerciaux j’avais besoin d’une bonne nouvelle. D’une lueur d’espoir qui puisse me faire espérer une embauche en 2012 et qui me permettrait de rester à
Montréal.
Inutile de préciser que mon brun, qui s’est auto-rebaptisé le FNI (Fond Nicolien International) avait lui aussi besoin d’une bonne
nouvelle.
J’ai passé les entretiens en étant moi-même, confiante dans mes compétences. C’est la première fois que je passais un entretien pour
un job qui me tienne à cœur et pour lequel je n’étais pas complètement novice. Enfin jusqu’à ce que l’on me pose une question en anglais. Je me suis sentie changer de couleur, rougissant
jusqu’aux oreilles et prête à me saborder mais non sans tenter le tout pour le tout. « My english is not fluent but I can learn very quickly ». Unique réponse possible à toute question
qui me serait posée en anglais et phrase que j’ai apprise par cœur avec “Two Vodka Cranberry please” mais qui s’est révélé hors de propos dans cette situation.
J’ai été prise aux deux jobs. Et j’ai même eu le luxe de choisir.
A partir du 4 janvier, je serai donc responsable des médias sociaux dans une entreprise qui accompagne les entrepreneurs. J’ai déjà
fait la même chose pour un client quand je travaillais à l’agence mais là je vais le faire temps plein avec bien plus de moyen donc je suis globalement… surexcitée.
Et puis surtout je vais ENFIN pouvoir réécrire sur le blog car en recherche d’emploi je me sentais un peu coincée.
Alors Bonne Fêtes à tous, buvez du champagne à ma santé et goinfrez-vous de foie gras car vu le prix ici, ce sera pour moi pétillant
à la pêche et pâté de campagne.
- Bonjour c’est la responsable de la boutique de décoration où vous êtes venue passer un entretien, vous êtes toujours prête à
venir travailler avec nous ? - … - Allo ?
Je n’étais pas apte à prendre une décision, je venais de me lever, j’avais mal à la tête, froid aux pieds, je n’avais pas encore bu
mon café. Je me suis mise en mode automatique :
- Je vais devoir décliner votre offre mais j’attends des réponses et je ne veux pas m’engager avec vous si jamais je trouve un
travail dans mon domaine.
Waow, pour un mode automatique, je trouvais ma réponse carrément honnête et responsable. Mon interlocutrice aussi vu qu’elle
raccrocha sans insister. Je me dirigeais à la cuisine, remplis la cafetière d’eau jusqu’au niveau 4 pour avoir deux tasses, mis un filtre, le remplis de café au pif, appuyai sur le
bouton…
…Non mais je venais pas de refuser un job là ?
Je défie quiconque de prendre une décision professionnelle sereine en pyjama. Je restais debout un moment, écoutant le gargouillis
de la cafetière, prête à me renverser le café brulant dessus pour me punir. Mais n’oublions pas que nous sommes en Amérique, que si je vais chez le docteur, je suis bonne pour vendre un rein,
donc on va éviter. Puis (il s’en passe des choses dans ma tête le matin) je me suis fait mon procès avec moi dans le rôle de l’accusé, de la plaignante, des avocats respectifs et du
juge.
- J’ai bien fait de refuser ce travail à 9 dollars et des poussières par heure. Soit moins de 7 euros par heure ! A ce tarif là
je peux, OU profiter de ma jeunesse à Montréal, OU bouffer, OU payer mon loyer et mon téléphone. - Oui mais 9 dollars et des poussières de l’heure ça vaut mieux que 0 dollars de l’heure, c’est simple c’est des
maths. - Une boutique, j’en trouverai d’autres avec tous les CV que j’ai laissés. - Oui mais mon portable est étonnamment silencieux. Au fait je ne me souviens même plus du code de ma carte bleu tellement cela
fait longtemps que je ne l’ai pas composé… je vais peut-être la rappeler. - Non je la rappelle pas. J’auto-proclame que je vaux plus.
Est-ce que j’ai pris une bonne décision ? Probablement que non. Bref je venais de refuser un job.
Tout d’abord j’ai eu 29 ans. L’âge auquel j’arrêterai de dire mon âge.
Puis j’ai passé un entretien dans une boutique. Étonnamment, je me suis montrée réellement motivée, acceptant de mettre mon ambition
au vestiaire le temps de renflouer mon compte de 9.65 dollars par heure. J’ai préféré ne pas faire la conversion en euro pour ma tranquillité d’esprit. Je n’ai évidemment pas été rappelée ce qui
me pousse à croire que je serais atteinte d’un syndrome Gilles de la Tourette qui me ferait faire des gestes obscènes et caler un gros-mot au milieu d’une phrase banale. Si je dis « Oui
‘culé, je suis disponible toutes les fins de semaine et les soirs de semaine tête de bite » je comprendrais de ne pas être rappelée. Mais sinon, non, je ne vois pas.
J’ai travaillé. Oui j’ai travaillé. Grâce à une amie québécoise qui a donné mon numéro à une employeuse en détresse. Ça a commencé
comme j’aime :
- Bonjour, vous êtes disponible et vous savez travailler sur Mac ? - Je suis disponible et je crois savoir travailler sur Mac. - Commencer demain ne vous dérange pas ? - Je peux venir dans 1h si vous voulez. - OK.
Sans CV, sans entretien. J’ai travaillé 15 jours dans le secteur culturel. Un peu comme assistante administrative et un peu à la
production d’un tournage dvd. Ça s’est super bien passé, c’était passionnant et ça m’a prouvé que je n’étais pas une mauvaise assistante, bien au contraire.
A bon entendeur…
J’ai commencé à me constituer mon réseau aussi. Gentiment mais sûrement.
Puis il a neigé aussi. Bien 10 cm. Le genre de chose qui m’a fait prendre conscience que mes gants ne sont pas assez chaud, mes
chaussures pas assez étanche et mes pantalons n’en parlons même pas.
Je viens de déposer une vague de CV dans des boutiques. « Bonjour je venais voir si vous auriez besoin de renfort pour les
fêtes ». Jamais je n’aurais pensé prononcer à nouveau cette phrase. Mais rien n’est acquis ma p’tite dame !
Surtout quand la situation est grave.
J’ai même déposé des CV dans des centres commerciaux où ne passe pas la lumière du jour, c’est dire si la situation financière est
grave. Très grave.
Le plus tragique c’est que personne ne m’a rappelé. J’avoue que j’en suis à me demander où est la caméra. J’ai bien vérifié que je
n’avais pas inversé 2 chiffres dans mon numéro de téléphone, que je n’avais pas intégré de gros mots ou de fautes à mon CV. Tout est correct.
Je vous laisse imaginer dans quel état mental je me trouve actuellement. J’envisage de laisser un CV dans un fast food pour le
bonheur de me faire rappeler.
Mais j’ai peur que là non plus on ne me rappelle pas.
J’ai la sensation d’être terriblement transparente. Je n’avais pas connu cette situation depuis le lycée où j’avais une coupe à la
Chuck Norris et des grosses lunettes en écailles.
Alors en ce moment j’écoute la Compagnie Créole car sans dec, il est impossible de déprimer sur la Compagnie Créole non ?
Putain pourquoi j’ai ENCORE pris un plat que je ne connaissais pas au resto asiatique ? ( Ndlr : poulet à la citronnelle
qui pourrait être appelé poulet anti-moustique)
Putain pourquoi j’ai enlevé la touche espace de mon ordinateur pour enlever les miettes de pain en dessous ?
Putain pourquoi je continue à manger des morceaux de pain au-dessus de mon clavier ?
Putain pourquoi j’ai foiré cet entretien d’embauche ?
Il y a quelques temps alors que je faisais du bourrage d’imprimante à mon ancien boulot j’ai été rappelée pour un poste de chargée
de communication. Mais je ne savais plus pour quoi ni pour qui. J’ai eu beau chercher dans mes mails avec ce que j’avais compris du nom de l’interlocutrice mais rien. J’avais probablement postulé
en ligne. J’ai fouillé Google de fond en comble avec le nom de l’université (car l’entretien avait lieu à l’université) mais rien. L’annonce n’était plus en ligne.
Je me suis donc présentée le jour de l’entretien sans trop savoir à quoi je postulais. Très pro quoi. Ils étaient 3 à faire passer
l’entretien, j’aurais 3 fois plus l’air con.
« Vous connaissez un peu notre association ? » Bon, déjà c'était pour une association. A défaut de jouer sur le professionnalisme j’allais tout miser sur l’intégrité. « Non à vrai dire je n’ai pas retrouvé l’annonce pour le poste donc je suis honnête, je n’ai pas pu me renseigner avant de venir.
»
Là je les ai tous vu écrire sur leurs papiers. Très vite, genre 3 lettres de type « WTF » ou « LOL ».
Ca commençait bien.
Ils m’expliquèrent en quoi consistait l’asso et là d’un coup sans prévenir un d’entre eux me pose une question que je n’ai pas
comprise. Elle commençait par « Avez-vous lu des livres d’auteurs français » et finissez par « rébellion » ? Elle arrivait à point nommé pour achever de me mettre à l’aise.
Une rapide réflexion pour trouver les mots manquants et j'obtiens : « Avez-vous lu des livres d’auteurs français qui ont écrit sur la rébellion ? ». Je voyais pas trop ce que ca venait
faire là, genre maintenant mais bon.
Au lieu de faire répéter j’ai préféré répondre un « non » anti-débat. Silence de mort. Nouvelle vague de 3
lettres.
Alors que je sentais le stress m’envahir et mes aisselles s’humidifier, je me suis calmée en pensant que j’avais déjà un job et que
de toute manière je n’étais pas en train de jouer ma carrière sur un poste me correspondant plus et mieux payé.
J’ai donc passé le reste de l’entretien détendue du slip, à répondre aux questions avec désinvolture.
Ça passe ou ça casse.
Évidemment ca a cassé.
Et maintenant je me mords les doigts d'avoir pris ca à la légère...
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