Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 13:15

Etant bien décidé à me sortir de mon esclavagisme téléphonique, je cherchais du travail assidûment... ce qui consistait à en parler assidûment à tous mes amis. Une amie m’informa que sa mère, responsable dans une boutique de décoration, cherchait une vendeuse à temps partiel. Je ne pouvais plus reculer, il me fallait bien un jour ou l’autre apprendre à travailler en Espagnol.

Je serais vendeuse dans une boutique de décoration et c’était plutôt cool, moins nul que de récupérer des palettes du moins. J’allais donc me présenter à l'entretien avec les 18 mots de vocabulaire dont je disposais. La patronne parlant français, je ne fus pas recalée tout de suite et je fus embauchée car mon accent français faisait chic et collait bien au quartier tout aussi chic et à la réputation française que voulait se donner la boutique.

J’allais pouvoir jouer à la marchande avec une vraie caisse enregistreuse, un vrai comptoir et des vrais clients !

Niveau logistique je conservais mon boulot chez FLOP au cas où ma nouvelle patronne regretterait d’avoir embauché une française sans expérience. Je cumulais donc deux temps partiel et réussissais à défier toutes les lois des mathématiques : 45 heures par semaine pour 800 euros par mois.

Ceux qui diront qu’à ce stade on ne parle plus de maths mais d’exploitation auront peut être raison.

Mon premier jour était arrivé et ma responsable m’expliqua le fonctionnement de la boutique et du million de produit à connaître. L’art de la table ne consistant alors pour moi qu’en une assiette, une fourchette, peut-être un couteau et accessoirement un verre, je devais savoir à quoi servent par exemple les petits bouts de nappe que l’on nomme chemin de table, les outils de torture pour servir le vin… J’hésitais à partir en courant lorsque mon attention se porta sur le plafond… truffé de caméras.

La taille de la boutique exigeait certes une certaine sécurité contre le vol mais de là à avoir l’impression de débarquer dans un casino! Ma responsable devant ma mine perplexe me montra qu’elles étaient toutes reliées à une télévision située devant la caisse. Nous avions ainsi la joie de pouvoir surveiller les clients dans les moindre recoins.

Après quelques mois passés là-bas, je m’apperçus que, tiens au fait, nous n’avions jamais touché à la télécommande pour changer les prises de vues…

Elles étaient donc toutes reliées à l’inutile télévision… sauf cette caméra là.

Cette caméra là, située juste au dessus de la caisse n’était pas une caméra classique, mais elle était semblable à celle que l’on trouve au dessus des distributeurs de billets : une demi-sphère collée au plafond qui offre à celui qui regarde une belle vue panoramique.

Je demandais à ma responsable la raison de la présence de cette demi-boule: es porque Dios nos ve  ... Dieu nous voit ?... étais-je donc tombé dans une boutique catho-pro-française ?

Non, j'aurais préféré.

Dieu était en fait la patronne, qui préférait maintenir un œil sur eux depuis sa résidence.
Je me rassurais en pensant qu’elle ne devait pas se servir de cette caméra, qu’elle avait bien d’autres choses à faire tout de même lorsque je reçus un appel qui me glaçait d’effroi.
Bonjour Brune, dis, tu peux me dire ce qu’il y a là sur cette étagère, qui dépasse…. Non…. Plus à gauche…. Lève la tête…. Oui là voilà !….

Brrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr

Les mois passèrent et comme les habitants du loft (oui j’ose me comparer à une participante de jeu de téléréalité) la caméra fit bientôt partie des meubles. Trop peut-être. Je compris que j’avais perdu toute crédibilité avec ma patronne un lundi où ma responsable vint me dire Brune, quand tu te goinfres de chips fais-le plus discrètement… et pas derrière la caisse. Oups.

Il est vrai que, lors de l'appel quotidien où l'on devait rapporter le chiffre d'affaire je m’étais plaint le samedi d’une personne un peu bizarre venant m’accoster à la caisse. Ma patronne soucieuse de mon bien-être à jugé bon de jeter un coup d'œil à cet énergumène en remontant le temps avec son magnétoscope.
Le samedi était le jour des chips et de la visite des potes.

Je n’ai jamais était augmentée. Foutue caméra.





Repost 0
26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 11:01

C’est avec soulagement que nous accueillons la nouvelle : nous avons obtenu un nouveau client .

Hourra on échappe donc au chômage technique.
C’est vrai que les effectifs ayant baissé en quelques semaines de 25 employés à 4 pour l’outbound (comprendre émission d’appels, car lorsque l’on travaille dans un centre d’appel les mots anglais sont très in) nous avions peur de passer à la trappe. C’est ainsi que je me retrouvais parmi les finalistes pour une nouvelle mission.

Il est très excitant pour un téléopérateur de changer de mission. Nouveau produit, nouveau script, nouveaux fichiers, ça donnerait presque l’impression de changer de boulot.

Il en faut peu pour un téléopérateur.

C’est ainsi que je cesserais d’enquiquiner la France qui se lève tôt...  pour enquiquiner les professionnels. Ce qui je pensais alors serait nettement plus facile. La mission était on ne peut plus claire : appeler les entreprises étant susceptibles de disposer de palettes bleues afin d’envoyer un camion les récupérer. Les palettes étant des palettes de transport classique, de couleur bleue, qui peuvent trés bien se reconvertir en futon si on veut des meubles gratuit et que l'on a pas peur de se cogner les orteils sur ce qui dépasse.

Si ça ce n’est pas des appels sympa !

Après une brève et intense formation de 10 minutes c’est avec le torse bombé que je repris ma place pour mon premier appel.
-Bonjour! Je suis Brune de la société FLOP des palettes bleues, auriez vous des palettes que nous pourrions récupérer?
-Bonjour, nous attendions votre appel avec impatience, je viens de faire le compte justement et nous en avons 36.
-C’est noté un camion passe dans 3 jours.
-Votre accent est charmant, c’est fantastique, à dans trois jours alors !
-Bonne journée et au revoir !

C’est ainsi que je me retrouvais au Disney du téléopérateur : que du plaisir, des gens sympa, rien à vendre!

Ca c’était le premier mois. Avant que nous nous retrouvions 50 à faire la même chose les uns à côté des autres avec un chef stressé au possible par l’énorme fichier à écouler. Il n’y avait rien à vendre mais la contrainte se situait dans le fichier de professionnels à appeler dans une période très courte et par la même phrase répétée en canon et en toutes les langues par les collègues.

Et puis je n’aime pas être traitée comme une machine. Je ne suis pas une feignasse, loin de là mais je passe les appels à mon rythme. J’accueillis donc avec le plus grand mal le Hurry Up clignotant en gros et en lettres de néon sur mon écran si je ne relançais pas au plus vite un appel.

Un autre mot anglais qui me mentionnait de me magner les fesses donc.

Je gueulais contre cette ignominie, rien n’y fit. J’essayais de ramener mes collègues à ma cause, on me répondit que je devais passer mes appels aussi fréquemment qu’eux et que je n’aurais pas de problème.
J’étais donc la seule à trouver cela aberrant et je pisserais dans mon violon jusqu’à ce que démission s’ensuive…. De long mois après.

Je n’ai jamais eu autant le sentiment d’être une machine que lors de cette mission. Même la voix électronique d’un répondeur avait plus d’humanité que moi. D'ailleurs au bout de 2500 appels ça donnait plustôt ça:

-Allo, bonjour la société Flop des palettes bleues, vous auriez des palettes bleues à récupérer?
-Ah beh bravo! ca fait trois semaine que le camion doit passer les chercher j’ai plus de place moi, je vais les compter.
-
-Allo ca y est je viens de les compter…
-Allo Bonjour la société Flop des palettes bleues... (le mode machine bât son plein)
-…il y en a 350
-…. Euh… d’accord.

Pour l’anecdote, dans mon boulot de standardiste pour diverses sociétés (dont il y a beaucoup, beaucoup à dire), je reçus un appel de la société Flop. Je répondis à cet appel avec enthousiasme et essayais d’entamer la conversation avec le téléopérateur en l’informant que moi aussi je travaillais pour Flop et si le centre était toujours situé à Barcelone… il ne me répondit qu’il ne comprenait pas et avais-je des palettes-s'il-vous-plaît?
Ce boulot en avait abruti un de plus.

C’est à partir de cette mission que je me mis à chercher un autre travail, où les mots anglais seraient bannis et où je ne serais pas traitée comme une machine.

Non mais...!



Repost 0
22 janvier 2009 4 22 /01 /janvier /2009 09:34

Une agitation certaine et inhabituelle règne dans la cuisine aujourd’hui à mon arrivée.

Des charlottes en plastique et des casquettes ont remplacé les cheveux gras en liberté. Des gants habillent les mains. J’essaye de former dans ma tête une phrase correcte en espagnol pour comparer la situation à celle que l’on pourrait trouver à la NASA, quand je vois leurs mines se blêmir en me voyant.

De toute évidence ils avaient oublié ma venue.

J’arrive donc avec mon polo jaune tâché de graisse de la veille, ma casquette trop petite et mon pantalon trop grand.
Au point où j’en étais du respect de moi-même, le look n’avait plus trop d’importance.

Ma responsable s’avance vers moi et me chuchote une phrase où je ne compris que les mots inspecciòn et mierda. Je fis rapidement la reconstitution l’inspection est là! ça va être la merde. Faisant partie de la communauté européenne et ayant tout de même signé un contrat, je trouvais sa réaction exagérée pour une simple visite de l’inspection du travail.
On m’affuble d’un tablier, pour je supposais alors, camoufler les tâches de graisses et être présentable. On troque ma casquette pour une charlotte en plastique. Alors là je ne comprends plus.

Puis je les vois.
Les inspecteurs sont là avec des thermomètres et des mines perplexes. Ils étaient donc plutôt présent pour contrôler les microbes clandestins. Ils ne seront pas déçus.
J’eus une pensée rapide pour les cafards à taille transgénique, qui, morts ou vivants jonchaient le sol du restaurant.
Les inspecteurs s’avancent, ma responsable ne se décolle pas de moi, tant mieux, elle me servira de traductrice si je dois répondre à des questions trop pointues. Mais non, elle préfère me mettre une pince en plastique dans les mains, me présenter aux inspecteurs et retourner à sa crise cardiaque.

Je me retrouve donc face aux steaks hachés, avec deux inspecteurs de l’hygiène m’observant et avec une pince en plastique dans la main. J’analyse rapidement la situation et me dis que poser cette pince pour faire comme tous les jours, c'est-à-dire frôler la gangrène en décollant les steaks dans le congélateur avec les doigts nus avant de les mettre à chauffer serait une erreur. J’allai donc utiliser cette pince pour faire mon travail.
Faites le test dans votre congélateur. Prenez une pince et essayez de séparer des aliments congelés entre eux sans y mettre les doigts... j’ai du mettre 5 minutes à faire chauffer le premier steak, décrédibilisant donc rapidement l’ambiance sérieuse et efficace du restaurant.

Je n’ose même pas savoir ce qui a été dit sur moi ce jour là pour justifier la lenteur de production.

Il n’est pas étonnant que l’hygiène soit un peu laissée de côté parfois, sinon il faudrait vraiment doubler les effectifs pour que ça tourne normalement. Par exemple après avoir ramassé les plateaux dans la salle, les jours normaux, on y passe rapidement un coup de torchon humide avant de les remettre aux caisses. Là il fallait les mettre à tremper dans trois bains différents dont un de désinfectant. Chose impossible à faire en période de rush.

Le restaurant ne ferma pas, je suppose donc que l'expèrience fut concluante. Le point positif est que je n'eus pas à faire de tour obscur et que je restais en cuisine.

L'inspection devrait quans même être là plus souvent.

Vu dans culturepub.fr hier... des gens qui militent pour le retour du Roi du Burger en France ... les inconscients.

Repost 0
20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 21:59
Des personnes tombent sur mon blog en cherchant sur google: comment déboucher chiottes avec balai espagnol.
Je ne pensais pas être si utile à l'humanité.

Je suis tellement flattée et émue.
Je voudrais remercier le Roi du Burger sans qui rien n'ait été possible ainsi que la fédération espagnole des canalisations de merde.

Merci!

Repost 0
Published by Brune - dans Humeur
commenter cet article
18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 16:04

Travailler dans un centre d’appel, c’est souvent travailler par "campagne".
 
Il y a les campagnes sympas, où l’on doit appeler les personnes en fin de collection pour leur proposer de recevoir les quelques paquets restant d’un coup, et en plus avec une réduction non négligeable, le tout payable en plusieurs fois. Ces clients disent rarement non, car ils sont contents du produit et du service proposé. Les rares qui refusaient était ceux qui considéraient comme un "plaisir" à continuer à les recevoir au compte goutte.
Lors de ces campagnes, nos primes augmentaient autant que leurs satisfactions donc.

Il y a ensuite les campagnes où l'on doit appeler les personnes qui viennent d'arrêter leur engagement pour leur proposer de revenir chez nous, et que s'ils reviennent, et bien ils auront une belle montre sport en cadeau. Nous nous faisions généralement recevoir par des phrases commençant par des « Ecoutez moi bien » ou encore «  Vous vous foutez de ma gueule ». En effet, ces clients n’étaient pas contents d’avoir continué à recevoir des paquets et des prélèvements après leur cinquième lettre de résiliation, alors forcément, les déranger après une journée de boulot pour les relancer ...

... Et puis il y avait enfin les drôles de campagnes sorties tout droit de la tête du chef de projet un soir de cuite ou d’abus quelconque.

C’est ainsi qu’un soir, on nous a exposé la nouvelle campagne qui durerait 3 semaines : vous rappelez les clients qui ont commandé les 3 premiers paquets de nos fiches sexuelles, et vous leurs proposerez de continuer la collection en les appâtant avec des cadeaux.

Oui nous avions bien tous compris : S-E-X-U-E-L-L-E-S.

Ainsi nous n’interférons pas seulement dans la vie de cuisinières chevronnées.

Le script en main, nous prenons rapidement connaissance des cadeaux à proposer à ces gentils messieurs pour leur faire cracher … leur pognon. Un kit de massage, un string, et un autre paquet de fiches gratuites devaient pour le chef de projet, faire l’affaire.
Notre formation était complétée d’une présentation de ces fiches. Nous constatons que pour une fois il ne se foutait pas (trop) de la gueule des gens, les fiches étant remplies de conseils et illustrées de photos plus que suggestives d’un couple composé d’une actrice porno et d’un bodybuildé.
Le petit conseil d’Estelle en bas de chaque fiche venait peaufiner l’explication pour ceux qui n’aurait pas encore tout capté.

Nous retournons à nos postes à reculons et les appels lancés, nous guettons quel sera le premier qui aura la joie d’inaugurer cette nouvelle campagne.

Il faut savoir une chose : dans les ménages, c’est généralement la femme qui décroche le téléphone.
... Et c’était généralement le mari qui se faisait envoyer ces fiches sous pli discret.

- Bonjour pourrais-je parler à Monsieur Dupont s’il vous plaît? (téléopératrice mal assurée).
- Je suis sa femme. C’est pour quoi ? ( Femme à voix sèche).
- Je suis Brune des éditions Arnak c’est à propos d’un début de collection que nous lui avons envoyé ( téléopératrice gênée).
- Je ne suis pas au courant, une collection de quoi ? (Femme à voix énervée).
- ....de fiches d’éducation sexuelles (téléopératrice qui murmure).

Nous étions obligé de prononcer cette formule très classe qui a due créer pas mal de remous dans les ménages.

Lorsque nous arrivions à avoir un homme à l’autre bout de la ligne, c’était alors le moment où nous devions faire preuve de toute la persuasion possible pour atteindre les inateignables objectifs.

-Je ne vois pas de quoi vous parlez (Monsieur a la mémoire courte).
-Vous nous avez renvoyé un coupon afin de recevoir 3 paquets de fiches gratuites (téléopératrice dans son argumentaire).
-Oui... ben...  je les ai jeté ! C’est inadmissible de recevoir ça ! (Monsieur lunatique).
-Nous vous proposons néanmoins de continuer à les recevoir, et je vous offre en plus un paquet gratuit, un kit de massage et un string (téléopératrice qui prononce cette phrase à toute vitesse car elle doit la caser).
-Bip, bip. (téléphone)

... Je perdais généralement mon sérieux au moment de prononcer le mot string et partais dans un fou rire nerveux à chaque appel.

Nous avions aussi le cas de messieurs qui prenaient un malin plaisir à nous exposer l’intérêt de ces fiches sur leurs vies sexuelles.

J'en frémis encore.

Devant tant d’efficacité, la campagne ne dura que trois jour.

Repost 0
16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 00:30

Le temps des petits boulots d’été a pris fin un beau jour en même temps que mes études. L’expérience chez le roi de burger ayant été trop belle, je décidais de tout claquer et de reprendre le chemin de Barcelone pour une durée indéterminée.

Il est facile de trouver un travail à Barcelone quand on est français et même si on a eu 8 de moyenne toute sa scolarité dans la langue de Cervantès.

Enfin quand on n’est pas trop exigeant bien sûr.


Quand on n’est pas très exigeant et pas trop bilingue donc, il y a le choix de travailler dans des fast food, ou bien dans des grands centres d’appel ouverts par des sociétés se rappelant à quel point le smic espagnol est si éloigné de leur pays d’origine. Je choisis la deuxième option et commençais une longue série de télémarketing.
Barcelone étant bourrée de français, les bons plans é
taient tout aussi faciles à trouver que la main d’œuvre ayant oubliée toutes ses prétentions salariales. Je commençais donc assez rapidement dans un centre d’appel où l’on devait vendre toutes sortes de fiches pour collectionneurs malgré eux.

A Barcelone le boulot d’un récent expatrié étant secondaire par rapport aux sorties chupito/bravas/mojito, je fus tout de même surprise par l’ambiance de mon nouveau travail. Un centre d’appel énorme, où se côtoyait sur de grandes tables, des  pôles portugais, italien, espagnol, anglais et bien sûr français… la jeunesse européenne comme collègue, que rêver de mieux ? ...Un chef d’équipe tout nouveau tout beau ne cherchant qu’une chose : s’intégrer dans ce magma de gens et ne pas se mettre son équipe à dos à la première mission.

C’est ainsi que, ravie, je commençais avec une équipe d’une quinzaine de français à travailler avec un chef à nos pieds.
Mais le travail n’était quand même pas de la crotte. Une brève formation de trois heures m’enseigna rapidement que nous devions vendre la fin de collection à des gens ne recevant leurs fiches de cuisine qu’au petit rythme de 3 paquets toutes les trois semaines.
Nous étions donc là pour aider les gens :          « n’attendez plus que le facteur vous apporte vos fiches, recevez les en une seules fois, c’est génial en plus je vous offre une fabuleuse ristourne car au lieu de débourser un énorme chèque de 20 euros toutes les trois semaines pendant 7 ans nous vous proposons un petit prélèvement de 1500 euros soit une économie de 200 euros ! Vous vous rendez compte ! ».
Peu convaincue par les arguments, je me laissais néanmoins porter par l’ambiance et commençais à appeler les français pour leur échanger un rein contre 800 fiches de cuisine.

Parfois il vaut mieux cocher la case qui dit je désire ne recevoir que 3 paquets à 1,50 et après j’arrête car il ne faut pas déconner quand même. Car cette case existe sur tous les fascicules attrape-nigauds.

Ce fut ma première expérience de télémarketing réussie. Grâce à moi, vos mamans ou tatas ont pu vous faire de généreux petits plats, et même si vous n’avez pas eu de cadeaux à noël car les temps étaient dur, et bien la dinde elle devait être meilleure que l’an dernier non ?

On vendait bien. Surtout le vendredi. C’est parce qu’on avait un bon boss. Son intégration a été lente mais il a trouvé la bonne manière de nous motiver tout en resta
nt notre pote. Vu que nous étions les derniers à partir le soir car nous terminions à 21h (inutile de préciser que le français est ravi qu’on l’appelle pour lui vendre des trucs à 21h), il amenait le vendredi de quoi nous détendre de notre semaine, soit une bouteille de rhum. Chaque personne qui faisait une vente se voyait donc récompensée d’un chupito d’alcool.

Les ventes explosaient le vendredi.










Repost 0
11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 21:20

Il est un métier que tous les étudiants (sauf quelques exceptions aux parents généreux ou aux relations plus efficaces)  ont un jour exercé : travailler dans le grand monde de la restauration rapide, alias "Coéquipier de fast food".

Dans restauration rapide j’inclus les faiseurs d’hamburger, de pizzas, et toutes les autres structures où une fois au comptoir on s’adresse aux menus et pas à la personne qui vous fait face. Si vous faites partie de ceux qui commandent leur menu en regardant droit dans les yeux la personne en caisse au lieu de continuer à lire leur composition au dessus : chapeau !

Il y a  un été lointain, à Barcelone, je débarquais pour deux mois et avec assez d’argent pour tenir une semaine. Il me fallait donc trouver un travail rapidement. Mes cv traduit au mot à mot à l’aide d’un mini-dictionnaire sous le bras je m’en allais les répartir dans toute la ville, attendant que mon avenir professionnel me sourit enfin...

...Sur une cinquantaine de cv, juste le Burger King m’a rappelé. Il faut dire que mon Espagnol de l’époque n’était pas très crédible, mais suffisant pour travailler dans la cuisine du roi des burgers.
Je devins donc la préposée à la cuisson des steaks hachés et au ravitaillement de produits surgelés, entrecoupé de passage en salle. Il faut savoir que les gens là-bas ayant pour coutume de laisser leurs plateaux sur les tables, les renforts de passage en salle sont donc très fréquents.
Heureuse d’échapper à la caisse et à la préparation des hamburgers (le seul que je n’ai jamais fait ayant été retourné en cuisine par le client), j’effectuai mon travail avec les quatre mots d’espagnol que je savais.

Mais en caisse il aurait mieux valut être. Je n’aurais jamais eut à devoir déboucher les chiottes plusieurs fois par jour. Je m'explique.

Ames sensibles s’abstenir de lire la suite. Pour les courageux je remplacerais merde par rose, ça sera plus facile pour tout le monde.

On m’expliqua rapidement que dar una vuelta en la sala (faire un tour dans la salle nettoyer les tables des estomacs repus et vider les poubelles pleines et percées) signifiait aussi dar una vuelta en los lavabos (aller voir si il reste toujours du papier et si les toilettes sont dignes de nos respectueux clients). Les gens s’en allant en laissant les tables pleines je doutais fortement de l’état des lavabos.
Je ne sais pas si la nourriture que nous servions était douteuse, mais les gens avait pour coutume de laisser la cuvette des toilettes pleine de rose et les gens suivant peu farouches, venaient compléter le bouquet, en y déposant eux-mêmes leurs roses par-dessus ce qui rend l’évacuation plus difficile n’est ce pas, si l’un d’eux venait à avoir l’idée saugrenue d’appuyer sur la chasse d’eau.
Entre deux steaks hachés je devais donc me transformer en plombière à l’aide d’un balai espagnol SANS LES FRANGES. Ca peut paraître évident mais la première démonstration par une de mes collègues sur le pourquoi du comment du débouchage de toilettes avait était fait AVEC les franges du balai. Je vous laisse imaginer l’ambiance, j’en cauchemarde encore.

Le mode d’emploi était simple.

Premièrement : tu saisis un balai espagnol et tu prends la délicatesse de dévisser la tête du balai.
Deuxièmement : tu le plonges dans l’amas de rose.
Troisièmement : tu secoues celui-ci vigoureusement en prenant soin de t’écarter suffisamment des projectiles.
Quatrièmement : tu évites de vomir et tu prépares mentalement ta lettre de démission.
Cinquièmement : tu retournes à la cuisson de tes steaks. 

Mais comme d’habitude je restais et eut même la larmette à l’œil pour mon dernier jour de boulot.
Parfois je ne me comprends pas.

Repost 0
8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 14:22
Il fut un temps lointain où les petits boulots ne duraient que l’été. Ils servaient à amasser l’argent de poche que je dépenserais l’année d’après. Ca a commencé à 16 ans, le jour où le travail devient légal et obligatoire pour toutes les filles de famille d'ouvriers.

Trouver du travail pour l’été dans un village de 2000 habitants far far away de toute civilisation se révéla une tâche facile pour mon père bien décidé à me caser quelque part. Vu que mon cv aurait consisté en un document manuscrit mentionnant mon nom et mon adresse je devais bien lui faire confiance et commençais aussitôt comme manutentionnaire dans une usine d’œufs.

La classe, comme entrée en matière dans le monde du travail, y a pas mieux.

Les filles de l’usine, entre deux chiffonades m’expliquèrent rapidement que dans la chaîne qui va du fion de la poule à la tortilla, mon rôle serait de récupérer les boites d’œufs sur le tapis roulant, de les étiqueter et de les mettre dans des cartons qu’il fallait ensuite, les uns sur les autres, empiler bien haut. Nul n’est sans savoir que les œufs cassent, et vu ma maigreur de l’époque, la perspective de devoir monter des palettes de cartons pleins d’œufs cassant me laissait perplexe. Je trouvais rapidement le truc et demandais aux âmes charitables de me les monter, mais on m’a vite fait comprendre qu’il valait mieux que je me démerde seule si je ne voulais pas rentrer à pied le soir (en plus d’être un boulot passionnant il était anormalement loin de tout).
J’allais donc pendant deux mois utiliser mes cuisses pour appuyer lesdits cartons afin d’arriver à les monter , ce qui me valu d’avoir sur les jambes un plumetis d'hématomes, qui fit son plus bel effet sur la plage le dimanche.

Je m’étonne encore que la DDASS ne soit jamais venue frapper à la porte de chez ma mère.

Je soupçonne mon père de m'avoir trouvé le pire premier boulot pour que l'idée d'arrêter les études reste  une idée bien lointaine si je ne voulais pas finir empileuse de boîtes d'oeufs.

Je ne m'explique toujours pas pourquoi j'y suis retournée l'année suivante, pas trop le choix sans doute.
Repost 0
6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 08:38
Mon petit boulot actuel c’est vendeuse. Mais vendeuse dans une boutique bien sympa et puis il faut bien se nourrir.

Les vendeuses. On se retrouve face à elles plusieurs fois par semaine selon  son degré de shopping. Il y a l’insupportable vendeuse pot-de-colle-je-veux-mes-primes, celle qui veut vous vendre jusqu'au présentoir "si je vous jure avec la couleur de vos cheveux il irait très bien". Beh moi je suis l'extrême opposé de ces filles, l’antithèse de la vendeuse enjouée et motivée. Je me demande même pourquoi on m'embauche vu mon incapacité à me vendre moi même pour commencer.

Mes entretiens d'embauche sont pitoyables, je perds tout mes moyens, et résiste à me recroqueviller en boule quand on commence à me parler chiffres d'affaires et compagnie. Mais à la question "quelles sont vos qualités?" je réponds toujours "honnête". Je pense que ça fait pas mal pencher la balance par rapport à la non-attitude commerciale que je renvoie, et ça leur montre que moi ,au moins ,je n’irai pas piquer dans la caisse. Je n'oserais pas dire qu'accepter le salaire le plus bas fait AUSSI pencher la balance.

Lors de mon dernier entretien pour mon petit boulot actuel, j'ai du détailler mes précédentes expériences de vendeuse ( car non je n'en suis pas à mon coup d'essai ) mon interlocutrice s'attardant  surtout sur l'expérience d'un job d'été qui s'était particulièrement mal passé : mon ex-boss ayant encore de travers le fait que je fasse la tête à toto de chiffre d'affaire deux jours dans la même semaine. Elle me posa donc la question sur l'éventualité d'un appel à celle-ci pour savoir ce qu'elle pensait de notre expérience ensemble. Me doutant bien qu'elle n'en pensait pas plus que lors de nos échanges de regards froids et furtifs lorsque nous nous croisons dans la rue, je lui répondis que l'expérience en plein mois d'août dans une boutique en liquidation où les tailles restantes sont le 48 et le 52 ne valait pas cette peine.

J'ai eu le temps de lire "les bienveillantes" en une semaine sur mes heures de travail.
J'omis cette précision et je me suis faite embauchée : l'honnêteté vous dis-je.

Comme à chaque fois que je commence un nouveau travail, je m'autorise une période d'adaptation de deux mois, où je décourage mon employeur de compter sur moi pour lui augmenter son chiffre mais où je me rends indispensable. Je reste donc par mon attitude dévouée et serviable au possible, et ma capacité à savoir tout faire… en passant je suis bien contente de n'avoir pas encore eu de patron masculin.





Repost 0
5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 11:12

« Et sinon tu fais quoi dans la vie ? ». L’interlocuteur que je connais depuis deux verres de vin, me pose l’inévitable question bouche trou, censée le faire lui-même rebondir sur ses propres prétentions de carrière ou sur mes fesses selon la suite de la conversation. Il est donc temps de déclamer à cette personne que j’ai rencontré en faisant la queue aux toilettes que je suis vendeuse à mi-temps dans une boutique sympa de lingerie et de collants, que j’ai même fait des études mais que celles-ci ne servant qu’à mon épanouissement personnel, mon plan de carrière est encore à écrire mais que oui malgré les apparences, j’ai 26 ans et de l’ambition.
Mais comme toujours au lieu de me lancer dans ces grandes considérations sur ma vie je réponds un bref   « je survis avec des petits boulots » qui ne mène généralement pas au troisième verre de vin et qui clôt la conversation de celui qui souhaitait peut-être entamer un débat entre ambitieux étudiants.
C’est une question à laquelle je n’arrive pas à répondre car peut-être que j’assume mal de ne pas avoir encore trouvé ma voie, que les années passent, et que la réponse reste la même.
Mais même si la réponse reste la même, les petits boulots changent. Certains sont intéressants, d’autres horriblement chiants, mais j’ai toujours des anecdotes à raconter sur des situations ou des rencontres, et je me rends compte qu’au final ça m’a énormément apporté.
J’ai décidé de ne plus me contenter de réponse minimaliste et de valoriser au mieux ce que je fais car mine de rien c’est meilleur pour le moral.
J’ai donc créé ce blog pour raconter mes expériences dans le désordre, ma vie de petits jobs, pour me décomplexer, pour me remémorer, et pour assumer tout simplement.


Repost 0
Published by Brune
commenter cet article