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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 14:49

Quel que soit le travail que j’ai fait, il y a toujours eu ce moment délicat où il fallait annoncer un prix aux clients. Inutile de vous dire que dans le processus de vente, c’est loin d’être mon moment préféré si je mesure les gouttes de sueur s’échappant de mon corps au moment de parler de chiffres avec le propriétaire du porte-monnaie en face de moi.

Tout le long de ma vie professionnelle, j’ai pourtant mis en place quelques techniques pour éviter de me sentir mal à l’aise. Pour vendre les fiches de cuisine par téléphone je mentionnais le prix à toute vitesse en toussotant dans le combiné pour que le client ne me raccroche pas (tout de suite) au nez. A la boutique de déco j’accompagnais les clientes dans les rayons en énonçant à haute voix, ET plusieurs fois le prix de chaque article choisi de façon à ce qu’elles aient la possibilité de faire un calcul mental et éviter de s’étrangler à la caisse lorsque j’aurais tout additionné à la machine.

Puis un jour tout a changé.

C’était à la boutique de collants où les prix pratiqués étaient bien au-delà de toute décence concernant un produit destiné à se filer au moindre éternuement. Au début je poussais des « haaaaaan » et des « ouuuuuch » dès que je découvrais un modèle dont le coût s’approchait de 4 heures de salaire. Un jour, la gérante, voyant sans doute le chiffre d’affaires de la boutique diminuer à chacun de mes cris, a pris le temps de me recadrer : « Jeune fille, il faut que vous assumiez les prix des choses que l’on vend, car il y a une clientèle pour qui ce prix n’a rien d’extravagant et qui est prête à payer ».

En d’autres termes, tout le monde n’était pas fille d’ouvriers comme moi et maintenant que je côtoyais le milieu BCBG du coin, il valait mieux que j’oublie mes considérations de prolétaire. C’est un des meilleurs conseils que l’on m’ait donné dans la vente : assume tes prix… et met-les en face de la bonne clientèle.

Ayant pu expérimenter d’être à mon compte pendant quelques mois, j’ai dû fixer mes prix. Ce savant dosage entre concurrence, compétence, marché et besoin de remplir son frigo n’est pas la partie la plus facile.

Il y a quelques mois, lors d’un rendez-vous professionnel comme pigiste, on m’a demandé sous quel taux horaire je n’étais pas prête à descendre. Je ne m’étais pas préparée à cette question. Je devais donc trouver là, en 30 secondes de brainstorming avec mon compte en banque quel rabais je comptais offrir sur mes compétences.

C’est un organisme, ils n’ont pas beaucoup d’argent… si je fais une toute petite ristourne ils vont sans doute me virer dehors à coups de pied au cul…. Si je fais un prix trop bas, ce sont les consultants comme moi qui vont me donner un coup de pied au cul… et ils sont plus nombreux ça va me faire plus mal… si je ne baisse pas les prix ils trouveront un pigeon qui va le faire… en même temps ai-je envie d’être CE pigeon ?... Un pigeon c’est un peu un rat volant non ? … C’est dans quel pays déjà qu’on mange les pigeons ?…

Puis, là j’ai fait erreur sur erreur : j’ai bafouillé, j’ai annoncé un rabais, on m’a bien évidemment contré avec un prix plus bas, j’ai marmonné un « mouais mais c’est bien loin de mon taux horaire vous savez » et j’ai clôturé avec un pathétique « je vais y penser ».

Bien évidemment ils ont choisi la personne qui proposait un taux horaire équivalent au mien mais divisé par 3.

Le juste prix
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Published by La Brune - dans Freelance
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