Recrutement, chroniques, CV et 2d degré
Comme je l'ai déjà proclamé haut et fort : je suis conseillère vendeuse. Et dans la boutique où je travaille, on vend en partie de la lingerie.
Et je déteste vendre la lingerie, car quand une cliente rentre pendant que les collègues sont en pause et me dit « je voudrais un soutien-gorge et une culotte », je sais qu'elle va rester au moins 1h avec moi.
Alors que je n'y connais fichtre rien.
Je me souviens de ma première cliente, une dame assez âgée, qui est venue pour m'acheter un soutien-gorge, je lui ai pris le premier qui m'était tombé sous la main : un push-up a coque. Je lui colle ça en cabine avant qu'elle ne remarque la quantité de modèle dont nous disposons. Ma collègue, présente par chance -pour la cliente-, voulant voir comment je m'y prenais pour vendre mon premier soutif entra en cabine et me dit gentiment après en être sortie horrifiée que non, mieux vaut ne pas proposer des coques à des gants de toilettes.
Hum.
Donc première règle à retenir : demander d'abord à la cliente si elle préfère (et avoir assez de jugeote pour le proposer) un soutien-gorge avec ou sans coque. Pour les novices, ce qui répond au doux et sexy nom de coque est le soutien-gorge « dur », un peu rembourré, grâce auxquel ont ne voit pas les bouts qui pointent quand il fait froid.
D'où l'intérêt de le proposer à celles qui ont au moins des bouts qui pointent.
Par la suite, ça a été l'inverse, je passais trop de temps à cette étape avec ma cliente et nous passions 40 minutes à tâter tout les soutifs avant que je ne lui en colle huit en cabine, histoire d'être sûre de la forme et de la taille.
Donc deuxième règle à retenir : la taille des soutiens-gorge. Il faut savoir que les clientes en général ne connaissent pas leurs tailles. Et puis là où je bosse, la tâche pour m'y retrouver devant cette deuxième difficulté m'est facilité par le fait que les tailles ne sont pas exprimées normalement sur nos modèles, il faut en gros mettre la taille de la cliente au carré puis multiplier le cosinus de la circonférence de son mamelon pour trouver la taille de son bonnet chez nous qui n'est pas le même que son bonnet français. Une fois la conversion faite on peut enfin décompresser. J'exagère à peine comme toujours. Mais étant très peu forte en calcul mental, la cliente se retrouve donc avec seize soutifs à essayer juste pour que je sois sûre.
J'ai tout de même appris quelque chose qui peut vous servir les filles: si vous faites un 85 B, vous pouvez aussi acheter un 90 A c'est peu ou prou la même chose. Voilà, c'est dit et ça élargie nos chances pendant les soldes.
Je ne m'adresse pas aux hommes car je sais d'expérience que vous êtes aussi à l'aise dans un magasin de lingerie qu'une fille dans un magasin de jeux vidéo.
Après avoir fait perdre la moitié de la journée à ma cliente à lui vendre un soutif, il faut en plus lui trouver le bas qui va avec. Un peu plus ou un peu moins, elle reste donc 30 minutes de plus en boutique pour déterminer si elle veut des sting, des shorty ou des culottes. Je lui colle le tout en trois tailles et trois couleurs différentes en cabine, et j'attend patiemment qu'elle essaie ces 15 bas.
Et là vient le moment le plus difficile pour moi: celui où elles me disent: vous pouvez venir voir s'il-vous-plait?
Brrrrr. Non.
Non pas que je sois pudique, loin de là mais me retrouver face à la cliente en soutif-culotte/string/shorty devant moi, et bien je ne suis pas trop à l'aise. Surtout que la cliente elle règle jamais correctement les bretelles du soutif et qu'il faut souvent y mettre les doigts...
Je tente toujours un vague « mais vous comment vous sentez vous » très psychologue et elle me réponde toujours « non je veux savoir ce que vous vous en pensez ».
Oh moi j'en pense pas grand chose.
On m'envoie en formation sur les subtilités de la lingerie dans deux semaines. Ca sera mon deuxième voyage d'affaire.
Je finirais bien par avoir un avis sur la question...