Vendre des collants est un métier beaucoup plus compliqué qu’il n’y parait.
Il y a 4 mois acheter des collants revenait pour moi à jeter un lot de trois boîtes dans le caddie au supermarché sans être vraiment sûre de la couleur et de la taille.
Je sais pas vous, mais je n’ose pas trop mettre ma main dans les testeurs tout filés accrochés dans les magasins car on ne sait pas quelle genre de faune ça peut héberger ces choses là.
Quant aux tailles, je n’ai jamais rien compris au tableau de correspondances, je me retrouvais souvent avec des collants/filet de pêche couleur mamie du plus bel effet.
Mon premier jour chez Belles Marques, j’ai manqué de m’évanouir en voyant toutes les références du magasin. Des collants avec des pressions sur les jambes, satinés, mat, avec panty, sans panty, bout de pied renforcés pour les pieds rocailleux, pointent pas renforcés pour porter avec des chaussures ouvertes. Coutures plates, ceintures cousues, sans ceintures, sans coutures…
Je sentais mon collant carrefour se désintégrer sur mes jambes face à tant de concurrence.
Connaissez-vous Belle marques ? Cela sans doute été une des premières questions posée par ma responsable.
Venant d’un milieu ouvrier loin de toute civilisation (j’exagère à peine) je ne connaissais cette marque que depuis que j’ai déposé mon cv en boutique.
J’ai du tout apprendre : les deniers, qui déterminent la transparence ou l'opacité d’un collant, les couleurs, les matières, les subtilités des mi-bas, des stay-up… plus rien n’a de secret pour moi.
Sauf une chose : estimer la taille d'une cliente en collant.
Et ça croyez moi c’est le gros problème que je rencontre chaque jour. Car évidemment les clientes ne connaissent jamais leur taille. Lorsqu’elles arrivent avec un collant de la marque, je n’hésite pas à leur faire soulever la jupe afin de regarder l’étiquette et m’éviter ainsi de trop réfléchir.
Mais parfois il faut réfléchir.
Imaginez le tableau : une cliente normale veut un collant invisible, confortable qui la fera paraitre mince et bronzée. On a réussi à déterminer le modèle en 45 minutes mais maintenant il faut déterminer la taille.
Alors ça commence : vas-y que je te demande la taille que tu mesures, celle de tes pantalons, que j’te fais dégrafer le manteau pour y voir plus clair, que je plisse les yeux, que j’évalue…
- Vous faite un Small madame.
- Un…. Small…. Hors de question ! Je déteste être serrée. (Cliente qui aurait préféré que je lui réponde qu'elle fait un Extra Large peut-être?)
- C’est votre taille ça ne serre pas du tout et si je vous donne une taille de plus ça va plisser. (Vendeuse agacée que l'on mette en doute ses fraîches compétences)
- Attention si le collant me serre je vais revenir en boutique et vous découper en morceaux (J’exagère à peine)
- Alors faites le test ou prenez du médium (grrrrr)
La cliente est sceptique par ma faute. Car la cliente aime que tu lui refourgues le Small sans discuter. Eviter que son collant ne plisse à la cheville et lui sauver ainsi sa vie sociale fait qu'il ne faut pas lui laisser pas le choix, elle prendra du Small.
Vous commencez à me connaitre. Vous vous doutez donc que généralement la cliente s’en va plutôt avec un médium et revient pas contente de son choix trois jours après.
Mon défi maintenant va être de la convaincre dés le départ que j’ai raison.
On peut toujours rêver.