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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 18:14


Il y a un sujet de conversation qui revient souvent avec mes amis, c'est le fait que le milieu d'où on vient nous conditionne beaucoup dans notre vie professionnelle.
Vous pouvez considérer que l'on pousse des portes déjà ouvertes voire carrément démontées et vous aurez raison.
Toujours est-il que c'est une discussion qui nous passionne.

Je tiens à préciser que tout ce qui va suivre est seulement mon opinion et que je me base sur mon expérience. Je n'ai pas en moi la science infuse de la sociologie cela va de soi.

Je détestais lorsqu'en cours de sciences sociales, mon professeur pro-Bourdieu nous bassinait avec  l'habitus, le fait que l'individu, par son expérience sociale, intègre une manière de penser et d'agir qui lui seront durables.

Venant d'un milieu ouvrier et rural, ces concepts comme quoi on allait être figé par le comportement du milieu d'où l'on vient me faisait bondir sur ma chaise.
J'ai longtemps essayé de me dépatouiller de tout ça mais je dois bien me rendre compte que mon milieu social me conditionne à l'heure de penser à ma vie professionnelle. Je ne m'en suis jamais rendue compte avant car je vivais selon les possibilités de ma famille mais je ne m'aperçois aujourd'hui que certaines filières ne s'ouvraient pas à moi à cause de ma condition sociale.
Et elles ne m'étaient même pas proposées.

Tout d'abord, je n'ai jamais pu intégrer une grande école. N'ayant pas les moyens de payer les frais d'inscriptions, l'appartement et tous les autres « frais de vie » c'est une éventualité qui n'a jamais été soulevée.
Peut-être parce que personne de ma famille n'a fait de grande école mais jamais nous n'avons eu de discussion sur mon avenir en tant que Normalienne ou diplômée de Sciences-Po.
J'ai donc intégrée la fac comme me le permettaient les bourses. Encore avais-je assez de « chances » que mes parents n'ai pas assez les moyens pour bénéficier de l'échelon 5 et d'une place de choix en cité U. Certains des parents de mes copines qui gagnaient « trop mais pas assez » n'avaient pas accès à cela et ils devaient se saigner aux quatre veines pour leurs payer un appart et le reste.

Ensuite vient l'heure où l'on doit bosser. Les étudiants qui bossent pendant leurs études sont nombreux. Mais moi je parle de ceux qui bossent pour vivre et pas juste pour se faire de l'argent de poche. Je ne les blâme pas et j'aurais aimé avoir la possibilité de bosser pour de l'argent de poche plutôt que de tout mettre dans le loyer et les factures.
Appréhender les cours et les exams lorsque l'on bosse 28 heures par semaine. C'est dur.

C'est possible.
Mais c'est dur.
Bien que ayant étudié les arts du spectacle je n'ai pas trop à me plaindre.

Puis vient le fait que vu que l'on a besoin d'argent eh bien on choisit ses boulots dans l'urgence car on a pas toujours le temps d'attendre. Et donc on se retrouve à avoir fait plein de petits jobs qui certes allongent le CV, mais lui donne à chaque nouvelle expérience une nouvelle incohérence.
Bosser parce que l'on on a besoin de fric n'est pas assez honorable et fait perdre du temps au moment  d'accumuler l'expérience grâce à des stages non-rémunérés.

Je ne généralise pas mais je rencontre de plus en plus de personnes venant d'un milieu aisés et c'est vrai que leurs boulots maintenant, c'est médecin, notaire, ingénieur ...
Les autres, ceux qui font partie de ma catégorie sont encore un peu dans les études, beaucoup dans les boulots et un peu dans la recherche de formation efficace.

Il y a bien la solution des prêts bancaire. Mais encore faut-il des garants. Il y a bien certaines grandes écoles gratuites mais la concurrence est rude et encore faut-il pouvoir assumer une prépa.

Alors quand j'ai un ou une ami(e) qui arrive à ses fins et trouve un vrai travail, bien placé et bien payé malgré un parcours étudiant galère et bien ça me donne le sourire. Un grand sourire.

C'est possible.
C'est dur.
Mais c'est possible.

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Published by La Brune - dans Humeur
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commentaires

Marie 18/11/2009 11:05


Moi aussi ça me parle, ce que tu écris. Je n'ai jamais été boursière (fille unique de deux parents qui bossent à plein temps), mais vraiment pas riche du tout.

Mon histoire rejoint un peu celle de Lina, versant écoles de commerce. Grâce à mes profs de lycée, je me suis orientée vers une prépa, dans mon lycée de secteur à Mulhouse. J'ai beaucoup apprécié
la prépa, beaucoup bossé aussi, et j'ai intégré HEC. Là, financièrement, c'était dur, mes parents ont fait des sacrifices, j'ai bossé à côté et fait un prêt étudiant. Mais c'est possible.

Après, ton parcours prouve qu'on peut aussi (même en France ! Miracle !) avoir un métier intéressant, qu'on aime, en dehors des sacro-saintes grandes écoles (qui sont quand même un repaire de
reproduction des élites, et bêtes parfois les élites, je me suis souvent demandée vers quoi certains de mes camarades auraient été orientés si leurs parents riches ne s'étaient pas accrochés bec et
ongles à l'idée qu'ils fassent de longues études).


La Brune 18/11/2009 11:11


Tu as eu la chance d'avoir des profs de lycée qui ont cru en toi et ont su correctement t'orienter. Tes parents ont su te soutenir aussi, et en plus sans les bourses
ce n'est pas facile. Tu devais alors faire partie de la catégorie "parents qui bossent trop mais pas assez" que j'ai mentionné dans mon post ^^
J'ai choisi un boulot où il n'existe pas encore d'études. Mais je fais confiance à l'éducation nationale pour nous créer un diplôme de community manager pour rentrer dans le processus de sélection
du diplôme.
Un diplôme n'égal pas un boulot alors pourvu que tout les boulot n'égal pas un diplôme.



Merlin09 18/11/2009 10:38


Salut,
Moi aussi ici d'un milieu modeste, j'ai néanmoins été poussé bec et ongles par mes parents à faire des études, ils auraient été prêts à tout sacrifier pour ça. Néanmoins, j'avais peu d'ambition,
mais je savais ce que je voulais, j'ai donc obtenu mon bts, fait une année de licence, que je pourrais presque qualifier d'année sabatique tellement je n'étais pas prêt pour ça... Et ensuite, j'ai
trouvé un boulot... Ou plutôt, j'ai eu de la "chance", un boulot m'a trouvé. Je gagnais le SMIC... en fait non, 30€ bruts de plus, mais quand on gagne peu, 30€, c'est beaucoup. Je m'en contentais,
le boulot était sympa et puis, hey, moi j'avais quand même de la chance, c'est un CDI !
Et puis un jour... j'ai rencontré celle qui a un jour fait la folie de m'épouser :) Je me suis alors rendu compte que je voulais un plus, et là je me suis rendu compte qu'avoir passé des années à
rendre service à d'autres, je m'étais constitué un joli réseau, sans m'en rendre compte.
Aujourd'hui, vu mon niveau d'étude, j'ai réussi à avoir une bonne situation, et j'envisage de plus en plus sérieusement de reprendre mes études avec le soutien financier de mon entreprise.
Tout ça pour dire: le milieu social, oui, l'argent, oui, les connaissances, oui, mais juste avec un peu de chance, et de persévérence, la roue peut tourner, et rien n'empêche de la pousser un
peu.
Voilà, beaucoup de mots pour finalement pas grand chose, mais j'avais envie de faire partager mon point de vue.


La Brune 18/11/2009 10:46


Au contraire c'est bien de partager son point de vue, surtout sur tous ces sujets. On n'a pas souvent l'occasion de s'exprimer là dessus. Il revient beaucoup au
travers des commentaires que c'est la motivation et l'esprit travailleur qui contribue à un beau parcours.
Vos commentaires me font vraiment plaisir ^^ Merci !


Gaëlle 17/11/2009 21:43


Je suis plutôt d'accord avec tout cela. Lorsque l'on vient d'un milieu favorisé, on a plus facilement les ressources financières mais également les bonnes informations, les codes culturels, les
réseaux qui permettront d'avoir un coup de pouce. Disons que cela facilite les choses mais bien sûr, le travail et les efforts restent nécessaires :-)
D'autre part, heureusement, le diplôme ne fait pas tout ! (beaucoup, je reconnais, mais pas tout...)


La Brune 18/11/2009 09:19


Tu as très bien résumé l'idée :) Au moins il nous reste l'esprit travailleur. C'est ce qui m'a toujours aidé à m'en sortir. Remarque je ne pouvais pas faire autrement
non plus mais en tout cas c'est un côté que j'aime mettre en avant chez moi, a défaut d'avoir les diplômes adéquats et en général ça marche.


expérience 17/11/2009 21:09


Juste un autre témoignage.

Egalement enfant de famille monoparentale, boursière au plus haut échelon et bénéficiaire de chambre en cité U pendant plusieurs années... j'ai bien entendu été à la fac, comme bcp de personnes
dans ma situation.

J'ai terminé mes études (5 ans) en sciences humaines (pas en droit ni médecine ;-) ) puis des rencontres fortuites lors de stages (pas de réseau familial ;-) ) m'ont amenée à tenter une prépa puis
une école (accessible à partir du bac +3)... chose que je n'aurais pu imaginer il y a quelques années !

Grâce à un dossier d'études solide, j'ai pu obtenir des bourses de mérite puis des bourses sociales pour ma prépa... et j'ai été rémunérée pendant ma scolarité à l'école !

Aujourd'hui, j'ai un super métier et mon avenir professionnel s'annonce bien.
Comme quoi, rien n'est décidé, et la fac peut malgré tout être un tremplin pour la suite...

Bon courage à toi et longue vie à ce blog (je te souhaite qu'il puisse dévier un jour vers des anecdotes de "gros" boulot)


La Brune 18/11/2009 09:17


Ton commentaire me fait plaisir, bravo vraiment. C'est bien de lire une expérience comme la tienne tu a su rebondir et tu es super motivée. Que perdurent les bourses
de mérite c'est important ! Bonne continuation ^^



Céline 17/11/2009 19:18


ben dis donc, tout Samedi soir est résumé...
(parole d'échelon 5)
et apparemment ça fait réagir!!!
A bientôt j'espère pour d'autres soirées philosophiques!


La Brune 18/11/2009 09:18


La vodka red-bull ça stimule les neurones ^^