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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 13:42
En arrivant à la boutique de déco à Barcelone, je ne savais pas à quoi servaient les trois quarts des objets qui la composaient.
Ma définition de la déco se résumant à un rideau fixée à la pâte-à-fix à ma fenêtre de cité U et à un déstockage massif du Ikea de Barcelone dans mon appart d’alors, il me fallait apprendre le bon gout.
Et vite.
Si tant est qu’il existe.

Je devais vendre de la vaisselle Villeroy et Boch, des nappes en lin, les serviettes assorties, des verres coutant un œil l’unité… à des clientes ayant baignés dans un sceau à champagne toute leur vie.

De nature à poser énormément de questions, travailler dans une boutique où tout m’était inconnu n’arrangeait pas les choses. Je posais une question sur chaque objet m’environnant, en essayant de leur trouver un sens par moi-même pour commencer, et demandant à ma responsable si celui-ci m’échappait. C’est ainsi que des presse-citrons en argent pour le thé sont devenus pour moi (et pour toutes les clientes me le demandant) des fabuleux reposes-couteaux…. et des reposes-couteaux se sont convertis en support pour les étiquettes portant le nom des fromages.

On en vend des conneries dans une boutique de déco.

Ce que j’adorais par-dessus tout, c’était de pouvoir tripoter. Dans les boutiques classiques, les vendeuses n’aiment pas voir les gens toucher et déplacer les produits. Or, dans ce cas bien précis la vendeuse c’était moi, je pouvais donc m’en donner à cœur joie sans avoir à me justifier. Vas-y que je tripatouille les verres pour faire la différence entre ceux qui sont en cristal ou pas, vas-y que je touche et retouche toutes les matières des nappes et autres plaids dont nous disposions. J’ouvrais toutes les boites pour voir ce qui se trouvait à l’intérieur, faisais fonctionner tout les mécanismes des gadgets 50 voire 100 fois, déplaçais les produits par couleurs, puis par fonctions, puis re par couleur.
J’avais la chance de voir en priorité chaque nouvel article, les sortants avec frénésie du carton, jetant le papier de bulles dans lequel ils étaient emmitouflés, et découvrant ainsi mon nouveau jouet de l’après-midi.

Lorsqu’un objet arrivait abîmé, ma responsable me permettait parfois de le ramener chez moi. Inutile de préciser qu’il devenait tentant de les casser soi-même…
Ma patronne ne faisant jamais l’inventaire, nous nous permettions de temps en temps ces petits cadeaux, ce qui me permet aujourd'hui de servir le thé à mes amis dans une théière Villeroy et Boch.

Lorsque les produits n’arrivaient pas cassés, je m’en chargeais moi-même lors du nettoyage et donnais un ulcère à ma responsable lorsqu’elle me voyait lâcher une carafe en cristal sur le parquet.

J’ai pris énormément de plaisir à travailler dans cet endroit. J’y ai appris à apprécier les belles choses et pensais que lorsque j’aurais des sous, j’aurais moi aussi une belle vaisselle, des beaux reposes-couteaux et tout l’attirail pour servir dignement le vin.

Qu'en est-il aujourd’hui? Je dors toujours dans une parure de lit dépareillée et je n’ai une table que depuis le mois de décembre.
L’art de la table ne se résume-t-il pas à ce qui se trouve dans l’assiette et non tout autour?

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commentaires

aymeric 12/03/2009 18:37

Putain, t'en as ramené un paquet de conneries à cet appart!!!

La Brune 18/03/2009 09:28


Oui, mes des conneries utiles.


Petite Audrey 10/03/2009 15:07

Si ça peut te rassurer, c'est pareil pour moi, pourtant j'ai passé les 30 ans (pas de bcp qd même hein!) je suis mariée et en ménage depuis... très longtemps! Mes draps j'ai les même qu'il y a 10 ans, la vaisselle est basique et mis à part 2-3 objets sympas ben... rien! Et je bave, je bave devant les belles vitrines de boutiques comme celle où tu as travaillé... Finalement, rêver qu'un jour on aura tout ça chez nous c'est déjà pas mal...

La Brune 11/03/2009 09:54


C'est sûr qu'il faut de la place pour caser tout ça ensuite! Ca fait drolement envie dans les vitrines mais une fois chez nous, dans un placard, ça a pas la même
gueule.