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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 16:15

Il fut un jour bien lointain où j’ai eu le Bac. J’ai un rapport assez étrange avec mes diplômes, mon objectif étant toujours différent de celui de mes semblables : le permis, c’était pour avoir une deuxième pièce d’identité, le Master, pour voir si j’étais capable d’écrire un mémoire.

Pour le Bac, mon seul objectif était de me barrer bien loin de ma Trouville natale et de son usine d’œufs pour couler des jours meilleurs sous le soleil Montpelliérain.

Le reste était accessoire.

Mais vu qu’il me fallait bien une raison valable pour partir, je choisis de m’inscrire en Art du Spectacle (doit-on voir un lien de cause à effet entre le choix de mes études et ma situation professionnelle ?).

Art du spectacle résonnant très creux pour ma famille, ma mère ne comprit jamais ce que je faisais et dit à tout le village que j'étais parti faire actrice.

Comme toute étudiante boursière qui se respecte, il me fallait combler les trous en travaillant l’été. Ne souhaitant pas gâcher mon été à travailler en ville, je pris la décision de chercher plutôt au bord de la mer, où j’aurais plus l’occasion de sentir les vacances. Je trouvais donc un boulot dans un glacier de Palavas-les-Flots.

Trois mois au bord de la mer et je les ai bien senties, les vacances … des autres.

Mon boulot était simple : faire des boules de glaces et les mettre dans des cornets en prenant bien soin de ne pas faire les boules trop grosses, de vendre en premier le cornet chocolaté (plus cher), et de proposer le nappage sur la chantilly de manière à ce que la glace passe d’un prix raisonnable à un prix qui te gâche les vacances.

J’étais bien contente de travailler au bord de la mer, j’allais être bronzée, faire des tonnes de connaissances, m’envoyer plein de vacanciers…

Ca, c’est ce que je pensais. Dans les faits, c’était un peu différent.

Travailler à 20 kilomètres de chez soi, et prendre le bus tous les jours n'a en soit rien d'anormal. Le premier mois, cela ne me posait d'ailleurs pas trop de problème. Mais vint la saison, où tout Montpellier prend le même bus pour aller faire bronzette, et où je dû me battre chaque fin de journée pour avoir une place assise afin de supporter les 1h30 d’embouteillages de retour.

Car les journées étaient dures. Arriver le matin pour nettoyer les frigos, et faire le ménage de tout l’énorme stand. Mettre en place les 80 bacs de glace dans les frigos propres. Et ça ce n’est pas de la tarte car il fallait savoir l’emplacement exact de chaque parfum pour que ça corresponde aux étiquettes, à lire à l'envers pour les employés, fixées au dessus de la vitre. Et les doigts congelés la mémoire fonctionne beaucoup moins bien.

Une fois que tout était prêt, les collègues arrivaient et la journée débutait. Les clients arrivaient au compte goutte les premières heures ce qui permettait de s’échauffer tranquillement le poignet pour l’après midi qui allait suivre. Au début j’étais incapable de faire une boule de glace et je faisais plutôt des carrés ou des rectangles, ou bien des copeaux si la glace était trop dure.

Puis arrive l’heure du retour de plage, l’heure à laquelle les enfants ont faim et où les parents ont chaud. Et là il faut des glaces. C’est donc le cornet (chocolaté si tu as bien fait ton boulot) vide et enroulé dans sa petite serviette que j'attends que le client finisse par se décider parmi les multiples parfums. Client qui se décide bien sûr presque toujours pour les boules vanille et chocolat après t’avoir demandé devant chaque bac « Et ça c’est à quoi ? ». Je nappe le tout de chantilly et je facture le nappage, et le client s’en va heureux peaufiner ses bourrelets.

Ca c'était la routine.

Puis arriva le jour où l’on me mit aux glaces italiennes. Il y avait un préposé aux italiennes qui avait pris la tangente, il fallait donc le remplacer. On testa tout le monde et je fus celle qui réussit le mieux à faire des glaces pas trop croulantes. Je quittais mes collègues de l’espace surélevé et ombragé pour rejoindre le trottoir et les machines en plein soleil. Belle promotion ...

Au bord de l’insolation malgré le tee-shirt blanc et la casquette de la fantastique tenue de travail, je devais me tenir raide devant les machines en attendant que la famille fraichement baignée et détendue vienne hésiter 20 minutes devant les 10 parfums. Je me souviens d’avoir pris une aprés-midi de canicule une réflexion d’un client qui ne me trouvait pas assez aimable car j’avais soufflé au lieu de rire à sa blague.

Je défis quiconque d’être aimable après avoir passé 7 heures debout en plein soleil.

Tout ça m’a tout de même valu un beau bronzage agricole, où mes avants-bras, mon visage et mes mollets étaient aussi noir que la glace au chocolat.

Je ne suis sortie avec aucun vacancier, et en trois mois passés au bord de la mer, je ne me suis baignée qu’une seule fois.

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commentaires

Japan 14/02/2009 10:20

J'ai toujours pensé que vendre des glaces devait être un job "d'enfer" j'en ai maintenant le témoignage vivant :).

La Brune 14/02/2009 12:16


C'est ce que je pensais des boulots au bord de la mer...


Line 13/02/2009 21:01

A croire que les gens n'ont jamais travaillé (et donc pas assez d'empathie) pour comprendre la souffrance que tu devais endurer au bout de 7h à la rage du soleil.. et tt ceci nappé de bonnes blagues grasses indigestes..

La Brune 14/02/2009 12:15


Ma patronne qui l'avait entendu était venue à ma rescousse me défendre, en tout cas moi à part si je suis traitée comme de la merde, je ne me vois pas faire une
réflexion à une employée.


Mélanie 13/02/2009 18:58

Je me souviens de cet été, les vraies vacances c'était la cité U et le centre-ville déserts pour nous, 3 étudiantes en petit-boulottage!

La Brune 13/02/2009 19:54


Je garde un souvenir excellent de cet été passé à vos côtés!