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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 11:01

C’est avec soulagement que nous accueillons la nouvelle : nous avons obtenu un nouveau client .

Hourra on échappe donc au chômage technique.
C’est vrai que les effectifs ayant baissé en quelques semaines de 25 employés à 4 pour l’outbound (comprendre émission d’appels, car lorsque l’on travaille dans un centre d’appel les mots anglais sont très in) nous avions peur de passer à la trappe. C’est ainsi que je me retrouvais parmi les finalistes pour une nouvelle mission.

Il est très excitant pour un téléopérateur de changer de mission. Nouveau produit, nouveau script, nouveaux fichiers, ça donnerait presque l’impression de changer de boulot.

Il en faut peu pour un téléopérateur.

C’est ainsi que je cesserais d’enquiquiner la France qui se lève tôt...  pour enquiquiner les professionnels. Ce qui je pensais alors serait nettement plus facile. La mission était on ne peut plus claire : appeler les entreprises étant susceptibles de disposer de palettes bleues afin d’envoyer un camion les récupérer. Les palettes étant des palettes de transport classique, de couleur bleue, qui peuvent trés bien se reconvertir en futon si on veut des meubles gratuit et que l'on a pas peur de se cogner les orteils sur ce qui dépasse.

Si ça ce n’est pas des appels sympa !

Après une brève et intense formation de 10 minutes c’est avec le torse bombé que je repris ma place pour mon premier appel.
-Bonjour! Je suis Brune de la société FLOP des palettes bleues, auriez vous des palettes que nous pourrions récupérer?
-Bonjour, nous attendions votre appel avec impatience, je viens de faire le compte justement et nous en avons 36.
-C’est noté un camion passe dans 3 jours.
-Votre accent est charmant, c’est fantastique, à dans trois jours alors !
-Bonne journée et au revoir !

C’est ainsi que je me retrouvais au Disney du téléopérateur : que du plaisir, des gens sympa, rien à vendre!

Ca c’était le premier mois. Avant que nous nous retrouvions 50 à faire la même chose les uns à côté des autres avec un chef stressé au possible par l’énorme fichier à écouler. Il n’y avait rien à vendre mais la contrainte se situait dans le fichier de professionnels à appeler dans une période très courte et par la même phrase répétée en canon et en toutes les langues par les collègues.

Et puis je n’aime pas être traitée comme une machine. Je ne suis pas une feignasse, loin de là mais je passe les appels à mon rythme. J’accueillis donc avec le plus grand mal le Hurry Up clignotant en gros et en lettres de néon sur mon écran si je ne relançais pas au plus vite un appel.

Un autre mot anglais qui me mentionnait de me magner les fesses donc.

Je gueulais contre cette ignominie, rien n’y fit. J’essayais de ramener mes collègues à ma cause, on me répondit que je devais passer mes appels aussi fréquemment qu’eux et que je n’aurais pas de problème.
J’étais donc la seule à trouver cela aberrant et je pisserais dans mon violon jusqu’à ce que démission s’ensuive…. De long mois après.

Je n’ai jamais eu autant le sentiment d’être une machine que lors de cette mission. Même la voix électronique d’un répondeur avait plus d’humanité que moi. D'ailleurs au bout de 2500 appels ça donnait plustôt ça:

-Allo, bonjour la société Flop des palettes bleues, vous auriez des palettes bleues à récupérer?
-Ah beh bravo! ca fait trois semaine que le camion doit passer les chercher j’ai plus de place moi, je vais les compter.
-
-Allo ca y est je viens de les compter…
-Allo Bonjour la société Flop des palettes bleues... (le mode machine bât son plein)
-…il y en a 350
-…. Euh… d’accord.

Pour l’anecdote, dans mon boulot de standardiste pour diverses sociétés (dont il y a beaucoup, beaucoup à dire), je reçus un appel de la société Flop. Je répondis à cet appel avec enthousiasme et essayais d’entamer la conversation avec le téléopérateur en l’informant que moi aussi je travaillais pour Flop et si le centre était toujours situé à Barcelone… il ne me répondit qu’il ne comprenait pas et avais-je des palettes-s'il-vous-plaît?
Ce boulot en avait abruti un de plus.

C’est à partir de cette mission que je me mis à chercher un autre travail, où les mots anglais seraient bannis et où je ne serais pas traitée comme une machine.

Non mais...!



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commentaires

Benoit 01/02/2009 14:29

Je pense qu'on sous-estime beaucoup l'apport proffessionnel qu'apporte une experienced e télémarketting. Etre traité comme un emachine et arriver à le supporter et faire son boulot correctement, c'est pas donné à tout le monde et ça vaut bien un master inutile en droit...

Brune 01/02/2009 18:28


Le télémarketing c'est un peu comme avoir un diplome de nerfs en acier trempé non négligeable dans d'autres domaines.


pau 27/01/2009 15:01

Hello Brune ! suis une visiteuse occasionnelle du blog de ton homme, et je tenais à te dire que je suis très fan du tien. C'est drôle, bien écrit, et ça rappelle à quel point nous les jeunes on est tous dans la même mouise jusqu'à ce qu'un jour un employeur sous Prozac se rappelle qu'on a aussi un cerveau. Bonne continuation !

Brune 28/01/2009 09:23


Je te remercie Pau :)! Il paraît qu'il y a des employeurs qui sont séduit par les jeunes débrouillards... il paraît. Pour l'instant ils ne voient juste qu'un cv
incohérent! Alors vive le Prozac!


Petite Audrey 26/01/2009 21:32

Le pire c'est quand le téléphone sonne le soir quand tu es rentrée chez toi et que tu réponds "allo bonjour, société Flop". La honte.

Brune 27/01/2009 10:56


C'était bien le cas... enfin lorsque je décrochais le téléphone, car aprés des heures d'appels c'est la dernière chose que tu as envie de faire!